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Périgord (dé)colonial

Louise Michel

Louise Michel

 

Cette page Louise Michel vient réparer un oubli – et quel oubli ! - l'édition papier du « Guide du Périgueux colonial et ses communes proches », pour ne pas avoir repéré à Coulouneix-Chamiers, une rue Louise-Michel, non indiquée à l'époque dans l'Annuaire Mairie.

Suite à sa biographie, dont le propos est centré principalement, comme les autres notices du livre, sur le rapport à l'histoire coloniale de la France, deux annexes y sont adjointes, une sur l'exécution du chef rebelle de la 1e révolte de 1878 et un texte exhumé par Jean-Marie Djibaou pendant la révolte kanak des années 1980.
 

Louise Michel (rue)
     Institutrice, écrivaine, militante anarchiste, franc-maçonne française aux idées féministes, Louise Michel (1830-1905) est l’une des figures majeures de la Commune de Paris (18 mars 1871 à la « Semaine sanglante » du 21 au 28 mai 1871) durant laquelle elle s'implique tant politiquement que militairement en intégrant les rangs de la Garde nationale. Elle est aussi une des représentantes les plus importantes de la part prise par les femmes dans la Commune de Paris. Aussi, tous les courants du mouvement ouvrier la reconnaissent et la respectent pour son apport à l'effort d'émancipation humaine.

Avant la fin de la Semaine sanglante, elle se rend pour faire libérer sa mère. Jugée, elle revendique les crimes et délits dont on l'accuse et réclame la mort au tribunal. Condamnée, elle sera, en 1793, déportée en Nouvelle-Calédonie. Durant le long voyage vers cette colonie française du Pacifique conquise en 1853, au contact d'autres communards, elle devient anarchiste. Elle y restera sept, refusant de bénéficier d'un autre régime que celui des hommes ou d'une grâce individuelle.

Seule contre la majorité de ses co-détenus et de l'administration pénitentiaire, elle se lie avec les Kanak et recueille leurs chansons, leurs langues et leurs coutumes. Elle crée un journal Petites Affiches de la Nouvelles Calédonie et traduit plusieurs de leurs mythes fondateurs qu'elle publiera, à son retour en France, Légendes et chansons de gestes canaques1. Reprenant son métier d'institutrice, elle instruit les enfants des déporté.es et des gardien.nes, en même temps, les Kanak adultes le dimanche, inventant une pédagogie adaptée à leurs concepts et à leur expérience. Elle fut une des rares déportés à dénoncer et s'insurger contre le sort réservé aux Kanak.

Elle soutient ouvertement et concrètement la grande révolte de 1878, causée par les ravages de l'occupation française, les spoliations de terres indigènes, les dégradations par le bétail2, les réquisitions abusives de main-d’œuvre. Pour réduire la révolte, très violente, très sanglante à l'endroit des « allochtones », l'armée fait appel à des déportés de droits communs mais aussi à des francs-tireurs composés de réfugiés politiques3, communards et algériens4. Ces derniers se voient promettre des remises de peines et, pour certains octroyer, des terres confisquées aux Kanak.

La répression est féroce. Sa tactique consiste à éliminer les sources de ravitaillement des insurgés (incendies de villages, de cases et de cocoteraies, destructions de plantations, de récoltes, de cultures vivrières) et à tuer un maximum de Kanak. On donne 5 francs pour une paire d'oreilles coupées. Par la suite, pour éviter de payer pour les femmes et les enfants tué.es sur la seule vue des oreilles coupées, la prime est donnée par tête coupée.

Louise Michel dénonce cette répression et prend la défense de ce peuple qu'on prive de sa terre et de ses droits ancestraux. Dans ses Mémoires, elle évoque ainsi la mort d'Ataï [voir annexe 1], le principal chef de la révolte, le 1e septembre 1878 par un auxiliaire kanak, membre d'une colonne armée formée de déportés politiques et de droits communs  :

« Ataï, lui-même, fut frappé par un traître. Que partout les traîtres soient maudits ! Suivant la loi canaque, un chef ne peut être frappé que par un chef ou par procuration. Nondo, chef vendu aux blancs, donna sa procuration à Segou, en lui remettant les armes qui devaient frapper Ataï. […] Segou frappe Ataï ; il porte la main à sa tête à demi détachée et ce n'est qu'après plusieurs coups encore qu'Ataï est mort. Le cri de mort fut alors poussé par les Canaques, allant comme un écho par les montagnes. »

 Louise Michel rentre en France en 1880. Elle continue de militer et promeut le drapeau noir : « Plus de drapeau rouge mouillé du sang de nos soldats. J’arborerai le drapeau noir, portant le deuil de nos morts et de nos illusions. » Elle fait plusieurs séjours en prison et se prononce contre la peine de mort.

En 1904, comme elle semblait s'y être engagée auprès de ses co-détenus « algériens » pendant son séjour néo-calédonien, elle se rend en Algérie à 74 ans avec Ernest Giraud. Elle y dénonce devant des salles combles les méfaits du colonialisme. Après une dernière série de conférences dans les Alpes, épuisée, elle meurt à Marseille, le 9 janvier 1905. Le matin du 22 janvier, ses funérailles drainent à Paris une foule de plusieurs milliers de personnes. Elle est inhumée au cimetière de Levallois-Perret.

 

→ pas de dénomination officielle à Périgueux... mais, en 2021, pour le 150e anniversaire de la Commune de Paris, pendant plusieurs mois, sous la plaque de Thiers (rue Thiers, à côté de l'ancien bâtiment de la Banque de france) était apposée, par l'association locale de « Femmes solidaires », une petite affiche imitant une plaque de rue du nom de « Louise Michel ».

  • autre commune : Coulouneix-Chamiers (rue)

 

Louise Michel, Légendes et chansons de gestes canaques, Lyon, PUL, [1885] 2006.

En moins de 10 an, le bétail a plus que doublé, provoquant une surcharge pastorale, la destruction de cultures vivrières non enclose (taro, ignames...), la déforestation, la pollution des sources, des réserves d'eau et des lieux sacrés.

3 Vers 1899, la Nouvelle-Calédonie compte 20 000 habitant.es d'origine européenne, dont la moitié consiste d'anciens bagnards qui sont astreints à ne pas quitter le territoire.

Voir, dans le Guide du Périgueux colonial et des communes prochesla note de bas de page n°2 de la notice sur CINQUIÈME RÉGIMENT DE CHASSEURS qui évoque l'intervention de ce régiment périgourdin dans la révolte dite « la Commune kabyle » de 1871 à savoir la « première grande insurrection contre la colonisation française [en Algérie] déclenchée par le cheikh El Mokrani. Elle va être écrasée dans le sang, après le renforcement militaire consécutif à l'écrasement de la Commune de Paris. Elle va se solder par la "victoire" des colons républicains d'Algérie. Des prisonniers berbères rejoignent les Communards déportés en Nouvelle Calédonie, d'autres sont enrôlés pour l'expédition sanguinaire de Madagascar pendant que des réfugiés d'Alsace-Moselle viennent renforcer la colonie de peuplement voulue par la IIIe République.  

Louise Michel

Louise Michel condamnée

annexe 1

La tête d'Ataï

    Sa tête qui avait été mise à prix est achetée, ainsi que celle de Sandja, le sorcier-guérisseur d'Ataï, par Navarre, un médecin de marine . Conservée dans un bocal de formol, il en fait don à la Société d'anthropologie de Paris, fondée par Paul Broca [voir annexe] qui fait exécuter un moulage de plâtre de la tête avant de la charner et de découper la boîte crânienne pour en extraire le cerveau, faisant graver à même l'os « Ataï, chef des Néo-calédoniens révoltés, tués en 18791 » En 1951, les crânes d'Ataï et de Sandja rejoignent les collections du Musée de l'Homme.

Ataï devient une figure emblématique à partir d'un écrit du prêtre kanak Appolinaire Anova, texte partiellement publié en 1969, mais l'essentiel a été transmis oralement. Il devient alors une référence du nationalisme kanak, à tel point que sa restitution est promise dans les accords de Matignon de 1988 sur l'avenir de la Kanaky ? C'est seulement en 2011 qu'est « retrouvé » le crâne d'Ataï dans les réserves entreposées au jardin des plantes pendant les travaux de restauration du Musée de l'Homme.

Le 28 août 2014, les crânes d'Ataï et de Sandja sont remis officiellement aux clans de l'aire coutumière concernée, lors d'une cérémonie de recueillement au Muséum national d'histoire naturelle. Ils arrivent en Nouvelle-Calédonie le 2 septembre 2014. Ils sont déposés à la tribu de Peti-Coul à Sarraméa pendant un an, puis de nouvelles cérémonies se déroulent lors de la levée du deuil. Les crânes sont ensuite déposés définitivement à l'ancienne tribu de Winrinha.

1C'est une pratique courante à l'époque : le crâne de Gambetta, par exemple, a également été extrait de la même manière

 

annexe 2
La démocratie du coucou

    Nous vivions paisiblement dans une maison entourée d’un jardin fertile ; sur une partie caillouteuse, éloignée de la maison, une cabane où nous remisions les outils.Un jour, deux étrangers frappèrent à notre porte. Comme de coutume nous offrîmes l’hospitalité.Dès le lendemain, ils nous réunirent et déclarèrent : Nous vivrons désormais ici ». Ils avaient des armes à la main, nous dûmes nous soumettre.Quelque temps après, un des nôtres protesta contre l’intrusion. Ils le tuèrent.Ils firent venir des leurs, prirent pour domestiques des hommes de pays voisins.Alors, ils nous expliquèrent : « La cohabitation n’est plus souhaitable, vous ne vivez pas comme nous, et de toute façon la maison n’est pas assez grande….. La cabane, au fond du jardin, reste inutilisée, vous vous y installerez ! »Plusieurs années s’écoulèrent. Nous décidâmes de ne plus supporter cette situation.Nous allâmes réclamer justice auprès des autorités du pays. « Qu’à cela ne tienne, nous répondit-on, nous organiserons un vote de tous les résidents de ce domaine…. »La voix du pouvoir ajouta ; »un vote dans le respect de la démocratie : un homme, une voix. »Dans la cabane, avec les enfants, nous étions sept. Dans la maison, avec les domestiques, ils étaient 10.Nous étions, nous sommes Kanaks.
Louise Michel – 1878

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