compléments sur Georges Clemenceau
Georges Clemenceau qui aurait pu faire partie des anticolonialistes, ce qu'il ne fut pas, défendant l'empire lorsqu'il a été en responsabilité, n'a pas trouvé sa place à Périgueux.
Il y eût bien une tentative, en 1919, de renommer Georges Clemenceau, "la route de Paris", mais celle-ci est devenue depuis "avenue Georges Pompidou".
Une rue à Coulouneix-Chamiers, toutefois.
Georges CLEMENCEAU
En tant que radical, Clemenceau (1841-1929), qui restera d'ailleurs longtemps l'ami de Louise Michel, s’oppose fortement au colonialisme prôné par les républicains opportunistes. En 1881, il attaque le cabinet Ferry (qui devra démissionner) à propos de l’expédition tunisienne qui a abouti à l’instauration d’un protectorat (traité du Bardo), considérant que ce projet ne sert que des intérêts financiers. En mars 1885, lors de l’affaire du Tonkin, il refuse de voter une rallonge de 200 millions de francs pour les troupes françaises au Tonkin. À nouveau, Jules Ferry doit démissionner. En juillet 1885, Ferry qui défend l’expédition de Madagascar, est à nouveau confronté à l’opposition de Clemenceau qui refuse tout impérialisme au nom du respect des autres peuples et civilisations. Il s’oppose également à une politique qu’il juge aventuriste au seul profit d’hommes d’affaires et du « Parti colonial ». C’est à cette occasion que Ferry évoque à la Chambre le devoir qu’ont les « races supérieures » de civiliser les « races inférieures ». Clemenceau lui répond vigoureusement en remettant en question la notion de « race inférieure ou supérieure ».
« Et vous verrez combien de crimes atroces, effroyables, ont été commis au nom de la justice et de la civilisation ? Je ne dis rien des vices que l'Européen apporte avec lui, : de l’alcool, de l'opium qu'il répand partout, qu'il impose
s'il lui plaît [...] Non, il n'y a pas de droits de nations dites supérieures contre les nations dites inférieures ; il y a la lutte pour la vie qui est une nécessité fatale qu'à mesure que nous nous élevons dans la civilisation, nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit ; mais n'essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation ; ne parlons pas de droit, de devoir !
La conquête que vous préconisez, c’est l’abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires, pour s’approprier l’homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit prétendu civilisateur. Ce n’est pas le droit, c’en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c’est joindre à la violence l’hypocrisie… »
Et de préconiser « plutôt que de diffuser la civilisation française dans le monde, de lutter contre la misère en France et de faire avancer les droits sociaux ».
Les débats sont très houleux et abondamment relayés par la presse. À l’occasion de la création de l’Union indochinoise (ou Indochine française) rassemblant le Tonkin, l’Annam, la Cochinchine, le Laos et le Cambodge, Clemenceau développe un autre argument, déjà utilisé par la droite : il pense que les préoccupations coloniales détournent l’effort et l’attention qui devraient plutôt se porter sur la menace allemande qui grandit. Cependant, une fois au pouvoir, Clemenceau ne mène pas réellement une politique coloniale en rupture avec ses prédécesseurs. En 1908, il propose une timide réforme en Algérie avec l’élection des conseillers généraux indigènes (nommés jusque là par le gouverneur). La loi Jonnart (1919), en récompense de la « dette de sang » qu’à la France vis-à-vis des combattants algériens durant la Première Guerre mondiale (25 000 tués), modifie le statut juridique des indigènes d’Algérie en leur ouvrant certains emplois (subalternes) et l’accès à la citoyenneté française ; mais les conditions et les critères sont tels que la loi ne concerne qu’un petit nombre de personnes et ne remet pas du tout en question l’assujettissement total des Algériens, sous le régime de l’Indigénat [voir annexe] qui leur dénie tout accès aux droits.
Clemenceau au musée des Beaux Arts de Bordeaux (exposition temporaire) par Denis Monfleur, artiste périgourdin (œuvre de 1962)
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