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Périgord (dé)colonial

Paul Crampel

Paul Crampel (lycée Belvès)

Paul Crampel (1863-1891), explorateur français de l’Afrique centrale et ex-secrétaire de Savorgnan de Brazza

Le Belvésois, dont le lycée local a pris le nom est un acteur du colonialisme à classer sous le vocable d’alors d’ « explorateur », qui entendait rallier « pacifiquement » des territoires africains à la France et ne partageait pas la vision plus musclée du pouvoir de l’époque. Devenu secrétaire de Brazza et rêvant entre autres de relier le Congo à la Méditerranée, il a cartographié 2000 kilomètres d’itinéraires d’Afrique centrale et signé de nombreux traités avec des chefs locaux.

La famille Crampel a habité Belvès, une maison située derrière la halle. Paul Crampel, né à Nancy en 1864 fait ses études au collège de Belvès où son père a été nommé vérificateur des tabacs. Après des études lycéennes à Périgueux puis littéraires à Bordeaux, il réussit à se faire engager par Savorgnan de Brazza comme secrétaire. Préparant le départ en Afrique, Crampel ne cache pas son dédain pour la société bourgeoise et les ronds-de-cuir. Dans sa chambre, il réunit des ouvriers mécontents et les défend lui-même.

Au Congo, avec Brazza, il s’aguerrit à la vie d’explorateur. Il affiche aussi des idées personnelles sur la colonisation, affirmant qu’elle ne doit être que pacifique, ce qui lui fait écrire : « De fait, mon amour passionné de la liberté sociale et individuelle me fait enseigner ici des principes étranges pour des adjudants de caserne ».

En 1888, Brazza l’envoie en mission au Gabon et il en rapporte, à la suite d’une campagne très dure, son brevet d’explorateur des territoires gagnés pacifiquement à la France et une balle dans la cuisse. Pendant sa convalescence à Paris, il expose sa grande idée, toute personnelle : repartir pour l’Afrique centrale afin de réaliser une exploration, dont le but était ni plus ni moins d’assurer à la France le contrôle de tout l’Ouest africain. Il fallait sans délai partir pour le Congo, remonter l’Oubangui et gagner la Méditerrannée, afin de devancer toutes les expéditions étrangères projetées en direction du centre de l’Afrique. Les traités qu’il passerait avec les chefs rencontrés assureraient la suprématie de la France sur la moitié du continent.

En 1890, Paul Crampel repart au Congo. De passage au Dahomey, il écrit à un journaliste parisien : « Les Dahoméens doivent nous trouver souverainement injustes, envahisseurs, promoteurs d’une guerre terrible apportée par nous sur leur sol qu’ils ont, à leur point de vue, cent fois raison de défendre. » Il demandait que cette lettre soit publiée dans les journaux, ce qui n’a pas été fait à son grand regret. Les horreurs d’une guerre coloniale renforçaient la résolution prise par Crampel d’effectuer sans violence son voyage d’exploration. Abandonné par les ministères, détesté par les fonctionnaires et les militaires coloniaux qu’il critiquait vertement, jalousé par Brazza, Crampel s’engage avec des moyens dérisoires dans sa grande exploration. Il est assassiné en avril 1891 au nord de Bangui, à l’âge de 27 ans. »

d’après Michel Carcenac, Le Périgord d’Antoine Carcenac, Fanlac, 1995

 

Le 9 avril 1891, à l'âge de 26 ans, Crampel est assassiné au Dar el-Kouti par Mohamed es Senoussi. La mission d’Auguest Chevalier, allant de Chari au lac Tchad, en 1902-1904, sous la protection d'une escorte négociée avec le même Senoussi, retrouve les restes du massacre sur son chemin.

En 1898, le docteur Joseph Briand retrouve des traces du passage de Crampel à Bembé, où il sympathise avec le fils du chef, Boroungba, qui a servi de guide à l’explorateur et appris le français avec Dybowski. Bembé, son père, a fourni les porteurs nécessaires à la mission. Crampel a laissé beaucoup d'objets, dont un révolver donné à Boroungba.

Paul Crampel Paul Crampel

          Le lycée Paul-Crampel

     Vénérable bâtiment du XVIIIe siècle proposant un panorama splendide depuis le castrum sur la vallée de la Nauze.

      Fermé en 1972, l’ancien lycée Paul-Crampel de Pays-de-Belvès (Dordogne) a connu plusieurs occupants en un demi-siècle, dont un musée de la Poupée et un restaurant.

       Racheté par l’Agence régionale de santé (ARS), il aurait pu accueillir une extension de l’Ehpad, mais le projet n’a jamais abouti. La commune a acquis le site de 600 m² répartis sur trois niveaux voilà une dizaine d’années. Pour l'heure (2025), une société privée l'a transformé en centre de télétravail.

 

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