Bugeaud à Périgueux
Notice telle que conçue dans le "Guide du Périgueux et ses communes proches" ne donnant pas toute la biographie de cet « illustre » maréchal de France (pour plus de compléments aller sur le Net) qui a une statue, donné le nom à pas moins d’une cité administrative, une place, un parking à Périgueux.
BUGEAUD (cité administrative, place, statue, parking)
Thomas Robert Bugeaud (1784-1849), maréchal de France. Il est né rue Cruche-d'Or à Limoges. Engagé à 20 ans dans les guerres napoléoniennes, il « s'illustre » en particulier lors de la campagne d'Espagne, de 1808 à 1813, sous les ordres du général Suchet ; il participe entre autres à la prise sanglante de Saragosse (5o ooo morts côté espagnol, après une terrible bataille maison par maison) et se « forme » à la contre-guérilla dans un pays qui résiste massivement à l'envahisseur français. Sa « valeur » militaire lui vaut le grade de colonel dès 1813. Sous la seconde Restauration, il se retire sur ses terres de Lanouaille (Dordogne). Il se fait élire maire d’Excideuil (1825-1830), puis député en 1831 ; Excideuil garde plusieurs souvenirs du « grand homme » : une place à son nom autour de la fontaine qu’il fait édifier et qu’il finance, ainsi qu’une statue. Initialement érigée au cœur d’Alger en 1852, cette statue est déboulonnée à la fin de la guerre d'Algérie et rapatriée en cargo. Destinée à la ville d’Albertville, il faut l’opiniâtreté de la municipalité d’Excideuil secondée par un comité de soutien actif, pour qu’elle arrive enfin dans la cité périgourdine et soit installée sur la place des Promenades en 1967, puis inaugurée en 1999. Périgueux, aussi, lui érige une statue, en 1853, et la place1 où elle trône est renommée « place Bugeaud » lors de son inauguration... Mais qu'a donc fait Bugeaud pour mériter tant d’honneurs ?
Revenu en grâce auprès du roi Louis-Philippe, il participe, en tant que général de brigade, à la répression de l'insurrection parisienne d'avril 1834. On associe notamment son nom au massacre de la rue Transnonain. En 1836, il est envoyé en Algérie pour mater la révolte d’Abdelkader, d'abord sans grand succès. Il est cependant nommé gouverneur général de l'Algérie par le ministre Thiers* en 1840. Flanqué de subalternes dont les noms sont tristement célèbres, les généraux La Moricière, Changarnier, Bedeau et Cavaignac*, le lieutenant-colonel Pélissier2 ou le capitaine De Saint-Arnaud, il se lance dans la « pacification » et applique la politique de la terre brûlée. Fort d’une armée de 100 000 hommes, il pourchasse les rebelles algériens, incendie les villages, détruit les troupeaux et les récoltes, enfume les grottes où les habitants se cachent. Pour Bugeaud, il s’agit :
« D’empêcher les Arabes de semer, de récolter, de pâturer, […] de jouir de leurs champs. […] Allez tous les ans leur brûler les récoltes […] ou bien exterminez-les jusqu’au dernier. […] Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sbéhas ! Fumez-les à outrance comme des renards.»
Pour le politologue Olivier Le Cour Grandmaison :
« Bugeaud est le théoricien, et le praticien, d’une guerre qui doit être qualifiée de totale puisqu’elle débouche sur l’effondrement de deux distinctions majeures, liées entre elles et constitutives des guerres réglées, comme on les nomme alors. La distinction entre civils et militaires, destinée à préserver autant que faire se peut les premiers de la violence des combats, et celle entre sanctuaire et champ de bataille, indispensable pour permettre aux populations de trouver refuge en des lieux qui doivent être épargnés par les affrontements3. »
La préoccupation constante de Bugeaud est d’associer l’armée à la colonisation :
« L’armée est tout en Afrique, elle seule a détruit, elle seule peut édifier. Elle seule a conquis le sol, elle seule le fécondera par la culture et pourra par les grands travaux publics le préparer à recevoir une nombreuse population civile. »
Nommé maréchal en 1843, il est rappelé en France en 1847, s'occupe un temps d'agriculture, puis est rappelé à Paris où Louis-Philippe lui confie le commandement de l'armée et de la Garde Nationale lors de la révolution de février 1848. Théoricien de la lutte contre-révolutionnaire, il a rédigé un ouvrage, redécouvert après sa mort et intitulé « De la guerre des rues et des maisons », dont il veut l'application contre les insurgés parisiens : il propose au roi Louis-Philippe de « tirer dans le tas » pour reprendre le contrôle de la capitale. Ce dernier s'y oppose et abdique, la IIe République est proclamée.
Bugeaud meurt du choléra le 10 juin 1849.
Comme le rappelle le socle de la statue érigée à Périgueux, ce ne sont pas ses compétences d'agronome qui sont vénérées, mais bien celles du soldat « qui a vaincu, colonisé, pacifié l'Algérie » ainsi qu’il est dit avec euphémisme sur ce même socle. Célèbre pour sa devise Ense et Aratro, « par l'épée et par la charrue », proche de la doctrine de la Révolution nationale pétainiste, ce qui a sans doute valu à sa statue de ne pas être fondue sous le régime de Vichy quand tant d'autres - dont celle de Montaigne* - l'ont été, le maréchal Bugeaud est, aux yeux de nombreux Périgourdins, le symbole de la barbarie coloniale et militariste. Ils ont ouvert le débat sur le devenir des hommages publics qui lui sont rendus, prônant qui leur contextualisation par l’ajout de panneaux historiques non complaisants, qui le pur et simple déboulonnage, direction le musée militaire ou un éventuel musée du colonialisme...
→ dénomination : 1853
1 La place Bugeaud s’appelait primitivement du Chapuzier, puis de la Saint-Mémoire, ensuite du Triangle. Elle devient place de la Liberté et de l’Égalité sous la Révolution puis reprend sous l'Empire le nom précédent de place du Triangle...
2 Aimable Pélissier, futur maréchal de France, duc de Malakoff puis gouverneur-général de l’Algérie (1860-1864) est l'exécutant des « enfumades » de la grotte de Dhara le 18 juin 1845, où périssent asphyxiés plus de 1 000 hommes, femmes et enfants qui s’y sont réfugiés avec leur bétail. En 1852, Pélissier prend l'oasis de Laghouat. Environ les deux tiers (2 500 à 3 000 sur un total de 4 500 habitants restant dans la ville assiégée), y compris femmes et enfants, sont massacrés, avec la participation du 50e RI* basé, alors, à Périgueux.
3 Olivier Le Cour Grandmaison, Coloniser. Exterminer : sur la guerre et l’État colonial, Fayard, 2005.
Inauguration de la statue du maréchal Bugeaud sur la place du Triangle à Périgueux, le 5 septembre 1853
https://petrocoria-num.perigueux.fr/items/show/41343
Bibliothèque numérique de la ville de Périgueux
délibération du Conseil municipal de Périgueux pour subvention à l'érection de la statue Bugeaud de1853
Bugeaud et sa casquette au musée militaire de Périgueux
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babouches d'Abd el Kader (réserve du MAAP) offertes par Bugeaud
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« Tirons sur la corde, dans le sens de l’Histoire » : c'est par cette phrase que les artistes Adnx & Klemere ont conclu leur courriel revendiquant l'action menée dans la nuit du lundi 6 au mardi 7 juillet 2020
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Bugeaud tagué "coupable" le 7-03-2023
Plaque explicative dite pédagogique, apposée sur la grille de la statue de Bugeaud, le 5/09/2023 pour le 170e anniversaire de son érection.
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